(photo de couverture : avec l’aimable autorisation de l’Union pour la Méditerrané)

é et élevé à Beyrouth, Marwan Kaiss est maire de la municipalité de Batloun, à 45 km de la capitale libanaise. Passionné par la possibilité d’un meilleur avenir pour le Liban, il est retourné à l’université à 53 ans et terminé son Master à l’âge de 60 ans, avant d’être élu à son poste actuel. Malgré les temps difficiles, il a passé la plus grande partie de son temps comme élu locaux à la tête d’un mouvement qui met au coeur des politiques publiques la lutte contre le dérèglement climatique.

Au Liban, l’impact de la dégradation environnementale équivaut à 3,4 % du PIB.

Depuis son enfance, Marwan a observé l’impact frappant de la pollution sur la campagne libanaise par rapport à la ville de Beyrouth. Néanmoins, tout au long de sa vie, il a constaté des progrès significatifs dans la volonté et la capacité du Liban à lutter contre le changement climatique.

« Ce sont les autorités locales qui commencent à faire les choses à petite échelle, et nous espérons qu’elles seront reproduites à plus grande échelle… le changement s’effectue à la racine » précise Marwan Kaiss.

Et cette approche ascendante collective a permis de réduire de moitié la production de déchets solides de la municipalité de Batloun en seulement deux ans.

Malheureusement, le Liban souffre d’une importante accumulation de déchets depuis 2015, entraînant de nombreux problèmes de santé publique. Malgré la remarquable réussite de Batloun dans la réduction de sa propre production de déchets, Marwan souligne que le ministère libanais de l’environnement est déterminé à garder à l’esprit les objectifs de développement durable par le biais de la législation, mais que cela ne suffit pas, « Pour moi, dit-il, l’importance [de la durabilité] ne se limite pas à la promulgation de lois et de décrets. Le problème est de savoir comment les mettre en œuvre ».

Le projet « Clima-Med », soutenu par l’UpM, encourage et soutient les initiatives qui renforcent les capacités de lutte contre le changement climatique au niveau local. Au Liban, Marwan a souligné que Clima-Med « nous a réellement orientés et a mis en évidence la nécessité d’aborder les questions de durabilité », assurant un impact concret pour la municipalité de Batloun. L’impact le plus important a été la façon dont Clima-Med a aidé la municipalité à mettre en œuvre ces mesures : « Nous avons appris grâce aux experts comment agir et mettre en œuvre ces méthodes … Il est certain que Clima-Med a eu beaucoup d’influence sur ce que nous avons su réalisé [à Batloun]».

Les données, un élément clé pour lutter contre le changement climatique

En Palestine, Samar Qawasmi a constaté l’impact direct du changement climatique sur sa ville, Al-Ram. En tant qu’architecte et Directrice du Département de la Planification et des Projets, elle a acquis une perspective unique sur les défis posés par l’urgence climatique.

De retour en Palestine à l’âge de neuf ans, elle a étudié l’ingénierie architecturale et a consacré sa carrière à aider sa communauté à se développer de manière durable.

Plus impressionnant encore, Samar a obtenu son diplôme et a réussi à « se faire une place » dans un secteur traditionnellement dominé par les hommes et dans un contexte où le taux de chômage des femmes en Palestine s’élevait à 42,8% contre 22,3% pour les hommes. D’abord comme architecte et ingénieur elle a mené une carrière dans le conseil, l’entreprenariat et finalement a travaillé pour la municipalité d’Al-Ram. S’intéressant à la conception d’infrastructures durables depuis ses études, c’est au cours de son passage au Département de Planification Municipale qu’elle a commencé à travailler directement sur les questions liées au changement climatique.

Pour évoquer le moment où elle a pris conscience de l’impact du changement climatique, Samar parle de l’image frappante des dommages causés aux célèbres oliviers de Palestine par la pollution extrêmes. Ainsi, elle souligne les défis auxquels la Palestine est confrontée pour mettre en œuvre des politiques plus respectueuses de l’environnement, citant notamment le manque de données précises afin de prendre de mener des politiques publiques juste.

Pour Samar, l’implication de l’initiative Clima-Med a permis de s’assurer que la région continue à « faire des projets sur le changement climatique une priorité » et à la municipalité d’Al-Ram, de former l’équipe afin de permettre une meilleure collecte de données et prise de décision. Son équipe « avait besoin [de l’expérience de Clima-Med] pour voir le problème avec une vision plus large… et faire des changements [directs] ».

Clima-Med a également apporté son soutien à une campagne indispensable de sensibilisation locale sur l’importance de prendre des mesures pour lutter contre le changement climatique. Cela a été particulièrement efficace à Al-Ram, où le programme de sensibilisation soutenu par Clima-Med et les initiatives de plantation d’arbres commencent avec les enfants dès l’école primaire, « leur enseignant l’importance de prendre soin de l’environnement ».

Bâtir l’avenir : une approche ascendante

Pour sa part, Adnane El Ghazi se montre plus positif quant à l’avenir vert du Maroc. Malgré la dégradation de l’environnement qui coûte l’équivalent de 3,5 % du PIB marocain, il souligne comment les investissements marocains dans les infrastructures vertes et durables ont commencé à porter leurs fruits3. « Grâce aux politiques liées au changement climatique, aux énergies renouvelables, à l’efficacité et à la réduction des émissions d’ici 2030… le Maroc est aujourd’hui un leader dans toute l’Afrique ».

Adnane a passé sa vie à promouvoir des politiques et des infrastructures respectueuses de l’environnement dans son rôle de Chef du Département de la Planification et du Développement Durable de la Municipalité d’Oujda. Fervent défenseur pour lutter contre le changement climatique, ses expériences professionnelles dans le secteur à but non lucratif lui ont inspiré la création d’un nouveau département Municipal spécifiquement dédié aux questions environnementales. Cela lui a permis de véritablement détailler au niveau local les plans stratégiques nationaux, contribuant aux succès tangibles à Oujda.

Au Maroc, Adnane se souvient de la grande sécheresse du début des années 1980 et de la façon dont cette crise climatique a entraîné une migration massive avec une pollution exacerbée dans les villes marocaines. Pour lutter contre les effets négatifs du changement climatique, il plaide en faveur de la participation de tous les niveaux de la société, y compris le gouvernement, le secteur privé et les citoyens, afin de parvenir à une approche holistique. Plus précisément, dans sa ville natale d’Oujda, Adnane a vu le pouvoir de « simples gestes écologiques que chaque citoyen peut faire […] Et si nous multiplions ce type d’acte, cela a un impact sur l’action globale ».

Pour lui, l’accent mis par Clima-Med sur la planification stratégique « montre son importance … pour convaincre les politiques » ainsi que pour « développer des plans d’action, sensibiliser et éduquer les gens sur l’environnement et l’énergie durable ». Plus récemment, Clima-Med a permis à l’équipe au Maroc de s’informer sur les projets dans d’autres villes méditerranéennes et de faire des plans pour les reproduire dans diverses municipalités. Il s’agit en fait d’un élément clé de Clima-Med et de nombreux projets soutenus par l’UpM, car l’effet cumulatif du partage de chaque pays de ses succès et des leçons apprises dans le domaine de l’environnement est encore plus important, que ce soit au niveau local, national ou régional.

Perspectives d’avenir

Dans tous les pays où Clima-Med est présent, y compris l’Algérie, l’Égypte, Israël, la Jordanie, le Liban, le Maroc, la Palestine et la Tunisie, des ressources essentielles ont été consacrées à la lutte contre la pandémie COVID-19. Toutefois, l’engagement des pays pour lutter contre le changement climatique n’est pas affecté et le projet Clima-Med continue à soutenir chaque région dans sa planification stratégique environnementale et la mise en œuvre de ses projets. En Palestine, Samar a notamment souligné que « malgré la situation critique dans le monde, Clima-Med permet aux représentants des municipalités de travailler facilement avec eux ».

Du point de vue d’Adnane au Maroc, l’impact de la quarantaine imposée dû au COVID-19 est que « tout le monde est responsable de ces actes pour devenir des éco-citoyens, avec des éco-gestes pour l’environnement et pour le climat ». Samar est d’accord et souligne qu’, « il est plus facile, maintenant, post-corona, de terminer le travail comme il se doit ». Marwan est déterminé à faire passer le message que pour le Liban, la collaboration est la seule façon d’avancer : « [la pandémie] nous ralentira. Elle a ralenti le monde entier, mais j’ai la ferme conviction que nous pouvons y arriver, ensemble, unis ».

L’UpM et Clima-Med

Identifiée comme une dès région les plus sensible au changement climatique, par le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, les nombreux effets du changement climatique – notamment la pénurie croissante d’eau, l’augmentation des températures et les taux croissants de désertification – se font sentir dans la région du sud de la Méditerranée.

La fréquence croissante des catastrophes climatiques affecte, à la fois, le développement socio-économique et l’environnement géopolitique. La nature multi-dimensionnelle du changement climatique exige une réponse multisectorielle cohérente et coordonnée.

L’objectif global de Clima-Med est de renforcer la sécurité énergétique et la capacité d’adaptation des pays partenaires tout en favorisant leur transition vers des économies à faible intensité de carbone et à l’épreuve du climat, contribuant ainsi à créer des contextes socio-économiques plus stables, plus efficaces, plus compétitifs et plus résistants au climat.

source: https://ufmsecretariat.org , * Original title of the article published on 31 July, 2020

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